Duchesse l'envieuse & Dame de pique l'orgueilleuse
liaisons dangereuses à temps perdu

mercredi 5 septembre 2012

Sables mouvants

Je ne sais pas ce qui est pire entre une collision inévitable avec l'Ex (Siméon le Siamois) et la conversation qu'il m'a réclamée, ou la constatation que le silence du Rebound (Thomas O'Malley le Chat Tigré) me fait de plus en plus mal, à rebours, comme si je vivais une drôle de peine à retardement. 

Siméon qui m'agrippe dans une foule, qui veut de mes nouvelles, qui veut faire comme si rien n'était ; et cette envie de lui cracher au visage, de fondre en révélations sur la nature de mes déboires estivaux, me targuer d'avoir eu quelqu'un, « et toi ? », sourire vainqueur, vexé de ce trop-plein de lui soudainement sous mes yeux. Son trop-plein de miel, son regard d'ex contemplatif, ses caresses à la dérobée, ses compliments, mes hauts-le-coeur, mes dégoûts, « je n'ai rien à te dire », et lui qui me regarde avec convoitise en me lançant, nostalgique, un « T'as tellement pas changé... ». Ma froideur, son ouverture ; son envie de renouer, mes craintes de retomber. Des images sur arrêt qui défilaient, que je ne savais lui traduire, et toute cette amertume sous ma langue, entre le croisé de mes bras raidis. Et puis, au centre de tout cela, le vide ; la sensation de ne plus rien ressentir pour cette pauvre âme en quête d'attention, de pardon ; la certitude de ne plus rien avoir à vivre à ses côtés, de ne plus avoir à jauger ses humeurs et secrets. La supériorité de glace, la pitié pour ces efforts de renouement qui arrivent tellement trop tard, quand je n'ai plus rien à attendre de ce sourire qui lui mange la moitié de la figure. Et malgré tout, je m'empêche de me remémorer les plus belles images que j'en garde, car il va revenir vers moi, je le sens, et il n'y a que la cassure qui m'attend, la cassure et la détresse devant ces yeux bleus trop glacials pour m'accueillir à nouveau. Et la haine, toute cette haine accumulée pendant quatre mois de silence, de remuements sentimentaux, de fustigations personnelles pour tout ce que je n'aurais pas dû dire ni faire ; la haine qui me retient de m'effondrer, avec un peu d'orgueil cultivé chichement jour après jour. 

Et devant ce trou béant dans mon coeur à la seule pensée de Siméon, la solitude qui me pousse au bout des doigts, ces doigts qui s'ennuient de toucher la dureté d'un épiderme masculin, un peu humide des nuits de juillet. Aujourd'hui, et parfois le soir très tard, j'aurais voulu que Thomas O'Malley m'aime un peu, juste assez pour que je vaille la peine qu'il outrepasse ses phobies d'engagement, juste assez pour qu'il m'amène là où il a grandi une fin de semaine, pour le trip, pour le partage de moments communs. Aujourd'hui, comme souvent, je voudrais que tout revienne comme en juin, me laisser conquérir, ne jamais franchir les limites, me laisser un peu désirer ; mais ai-je déjà su me refuser au bon moment, de toute façon ? Aujourd'hui, et des fois quand je me prends à y rêvasser, j'aimerais qu'il regrette ; qu'il pense à moi avec un pincement au coeur, et qu'il songe à revenir, échafaudant des plans béton avec ses amis au salon pour reconquérir un peu de mon sourire, de mes désirs. Mais au fond, ce doit être que l'envie de la chair et un peu d'affection reçue en cuillère, en jeux de mains, et peut-être un peu d'orgueil, quand même, qui me poussent à trépigner, à déprimer. Après tout, qu'est-ce que j'en ferais, d'un gars bien sympathique avec qui je ne voyais aucun avenir commun, avec qui j'aimais boire de la bière bien fraîche et parler jazz jusqu'à pas d'heures ? Qu'est-ce que je ferais de ce trop-plein d'affection que je ne saurais complètement rendre, qui me monterait au coeur jusqu'à ce qu'il déborde de mes lèvres ? Ce sont les indépendants et les fuyants dont j'ai besoin, ceux qui se sauvent sans préavis, ceux dont le silence et l'indifférence me font travailler jusqu'aux petites heures, jusqu'à la sonnerie du cadran, jusqu'aux cernes violacées qui me donnent un teint de lendemain de veille à longueur d'année. Ce sont ceux qui se fuient eux-mêmes, moi qui me connais tellement, et qui échappent à mon fin regard d'analyste qui me laissent pianoter sur mon clavier à une heure pareille, alors que j'aurais tellement besoin de sommeil. 

De sommeil, et du corps trop chaud de Thomas sur son matelas crade au sol, mais s'il m'ignore encore, c'est peut-être pour éviter les rechutes, ces écueils de l'engagement, les aléas amoureux des enfants-roi qui n'ont pas trop connu la vie sauf sur Internet, les obligations événementielles - amis, famille, travail, études... -, la pluie chaude contre la fenêtre, le lit fait à tous les matins, les voyages en bus entre la Basse-ville et Sainte-Foy, and all that fuckin' jazz. 

Mais je déblatère ; car décidément, je ne comprendrai jamais les hommes. 

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